Retrouvez l’article de presse de la République du Centre (journal local) avec une vidéo illustrant le quotidien d’une infirmière à l’HAD Loiret ! par Philippe Abline

Publié le 21 novembre 2024 à 09h00

 

Infirmière à LNA santé, Eugénie Chassine prenait connaissance, mardi 5 novembre, à 7 heures, de sa tournée. D’une écriture appliquée, elle rédige une fiche sur les soins qu’elle aura à effectuer, un pense-bête pour ne rien oublier de ce qu’il faut apporter.

Ce matériel, c’est à l’étage au-dessous, à la pharmacie de l’établissement, qu’elle va le prendre. Des casiers marqués au nom de chaque patient sont remplis de compresses, perfusions, piluliers… Un casier par jour de semaine, il n’y a pas à se tromper. Eugénie prend aussi le sac d’urgence, la glacière pour certains médicaments, des blouses, des masques, des gants…

Ne pas rallonger la tournée à cause d’un oubli

Eugénie vérifie plusieurs fois, un œil sur sa fiche, l’autre sur le contenu du casier. Elle prend aussi des blouses, des gants, du gel, le kit d’urgence, la glacière pour transporter certains médicaments. Pour éviter les erreurs, elle remplit une caisse par patient. « On a chacun notre méthode. » La préparation est minutieuse car la tournée peut l’amener jusqu’à une heure (maximum théorique) du dépôt, mieux vaut éviter d’avoir à revenir.

Une logistique étudiée

L’infirmière a stationné son véhicule devant le quai de chargement jouxtant la pharmacie, coffre ouvert. Le site d’Ardon a été conçu en tenant compte des contraintes logistiques, explique Thomas Siboni, directeur des sites HAD d’Orléans et Montargis.

Eugénie se souvient de l’époque d’avant où, faute de place au dépôt, médicaments et matériels de soins pour une durée d’une semaine étaient stockés chez le patient, dans des conditions pas toujours idéales.

La tournée programmée par un logiciel

La tournée est programmée par un logiciel qui prend en compte la durée des trajets et la nature des soins. Un pansement complexe, par exemple, peut demander 45 minutes à une heure. Le logiciel, « c’est la base » mais le parcours doit être ajusté lorsqu’il y a des absences par exemple, note Jocelyne Girardeau, la directrice des soins.

À domicile et en Ehpad

Aujourd’hui, sa tournée commence par la Résidence Sainte-Cécile, à Orléans. Car l’hospitalisation « à domicile », c’est aussi en Ehpad. L’infirmière a appelé l’établissement pour prévenir de son arrivée. « Les patients ont parfois des activités, c’est pour être sûre qu’ils seront bien dans leur chambre lorsque j’arriverai. » L’appel prévenant de l’arrivée prochaine est systématique. Pour éviter le lapin… ou laisser le temps d’enfermer des animaux agressifs.

Un exercice différent qu’à l’hôpital ou en cabinet

Eugénie est infirmière depuis quatre ans. Elle est toujours restée fidèle à l’Hôpital à domicile. Pour le contact avec les patients, en particulier.

« Je ne me voyais pas en service. Là, je fais beaucoup de soins différents. Et c’est autre chose au niveau du contact. » Eugénie Chassine (Infirmière à LNA Santé- Hôpital à domicile.)

En pénétrant dans la maison de retraite, une résidente la reconnaît tout de suite : « Oh, Eugénie », se réjouit-elle. L’infirmière doit lui expliquer que ce n’est pas elle qu’elle vient voir aujourd’hui.

Les soins palliatifs représentent 30% de l’activité

Quand la parole est difficile, les gestes prennent le relais. Photo Christelle Gaujard

Elle est là pour soigner deux femmes avec qui elle n’échangera que très peu de mots. Elles sont trop fatiguées pour lui répondre. Les soins palliatifs représentent 30% de l’activité de l’hospitalisation à domicile.

Le dialogue s’engagera avec le fils d’une des deux patientes, après la visite, il a des questions à lui poser. Eugénie prend le temps de répondre, sans se départir du sourire et de la bienveillance qu’elle montre en permanence.
« Parfois, je propose au patient qu’on discute après » car les soins demandent une grande concentration. Eugénie observe la malade, l’interroge, regarde dans son pilulier ce qu’elle a consommé. Faut-il revoir le dosage des traitements contre la douleur ou l’anxiété ?

Le choix d’être soignée à domicile

Les échanges sont plus faciles avec une jeune femme qui se bat depuis plusieurs années contre un cancer. L’hospitalisation à domicile lui permet de rester chez ses parents. Ainsi, elle est plus libre. Elle peut recevoir des amis, sortir. Si elle était dans une chambre d’hôpital, son chat ne pourrait pas venir sur son lit. « Quel médicament prenez-vous ? Quel dosage ? Souffrez-vous ? » La malade répond avec précision.

Être soigné chez soi, c’est la possibilité d’avoir plus de libertés. Photo Christelle Gaujard

Les échanges sont plus faciles avec une jeune femme qui se bat depuis plusieurs années contre un cancer. L’hospitalisation à domicile lui permet de rester chez ses parents. Ainsi, elle est plus libre. Elle peut recevoir des amis, sortir. Si elle était dans une chambre d’hôpital, son chat ne pourrait pas venir sur son lit. « Quel médicament prenez-vous ? Quel dosage ? Souffrez-vous ? » La malade répond avec précision.

La conversation pourrait se prolonger et la soignante ne souhaite pas l’interrompre tout de suite. C’est pour ça qu’elle a choisi cette façon d’exercer, pour cet « autre contact » avec le patient. Mais il faut poursuivre la tournée. Dans la matinée (qui dure jusqu’à 15 heures !), Eugénie soigne, en général, cinq à six patients.

 

Soutien psychologique des soignants
Jusqu’où placer le curseur de l’empathie avec le patient ? Les soignants de l’Hôpital à domicile sont confrontés à cette question. Les soins palliatifs et la confrontation à la mort font partie de leur quotidien. Et puis, il y a les mauvaises journées où le patient tient le soignant pour responsable de son état, où la famille devient agressive en jugeant que tout n’est pas fait pour soulager leur proche.
C’est pourquoi les soignants de l’HAD se réunissent une fois par mois, pendant une heure, dans des groupes de parole animés par un psychologue. Il est prévu aussi des séances de massage, des temps de détente… Si le besoin s’en fait sentir, l’infirmier ou aide-soignant aura un rendez-vous avec un psychologue dans la semaine.